Palestine: la stratégie de la tension

Dans un éditorial au ton très dur, le New York Times se demande pourquoi Benjamin Netanyahu a accepté une négociation avec le Hamas, alors qu’il semble peu enclins à discuter avec l’Autorité Palestinienne. Le quotidien américain conclut que le  premier ministre israélien a démontré qu’il pouvait faire des compromis, mais que sur le dossier de la création d’un état palestinien, il s’y refusait.

Le paradoxe des libérations croisées de Gilad Shalit et de centaines de prisonniers palestiniens n’a pas échappé aux commentateurs en Israël et aux Etats-Unis, les deux pays qui s’opposent le plus durement à toute tractation avec le groupe islamiste qui contrôle la bande de Gaza. « Le fait est qu’Israël a bien passé un accord avec Hamas », insiste un ancien responsable gouvernemental Uri Dromi.

Mais au delà du paradoxe, une première conséquence politique apparaît évidente. Le centre de gravité politique palestinien est passé de la Cisjordanie à Gaza, et de l’Autorité Palestinienne au Hamas. Le président Mahmoud Abbas se trouve marginalisé par cet accord conclu sans lui et qui ne peut que profiter à son concurrent le plus sérieux, le Hamas. Et les efforts qu’il a déployés sur la scène diplomatique, notamment à l’ONU, font pâle figure devant le retour triomphal de centaines de combattants palestiniens, enfermés pour certains depuis plus de vingt ans dans les prisons israéliennes.

Cet affront au vieux leader qui a joué sa dernière carte en montant à la tribune  de l’ONU pour demander la reconnaissance d’un état palestinien porte un coup fatal à sa crédibilité. Et il s’est accompagné de l’annonce par les Israéliens d’un projet de construction de centaines de logements dans Jerusalem-est,  pour la première fois depuis près de 15 ans. Une autre injure à Mahmoud Abbas, qui a toujours exigé la fin de la colonisation comme condition minimum d’une reprise des négociations avec les Israéliens.

Au delà de la joie qu’a pu provoquer l’élargissement d’hommes et de femmes privés de liberté, cet accord illustre la paralysie absolue du dossier israélo-palestinien. Rien n’a été réglé des problèmes fondamentaux, et, au contraire, les protagnistes les plus intransigeants ont été renforcés.

Indirectement, la réponse du Hamas à l’annonce d’une nouvelle vague de colonisation a été de menacer de procéder à de nouveaux enlèvements de soldats israéliens, puisqu’il apparaît que c’est la seule méthode pour obtenir des concessions de l’état hébreu.

Entre provocations et menaces, la tension perdure après l’enthousiasme de la libération. Et comme s’en inquiète le New York Times: « cela n’améliore pas la sécurité d’Israël ».

New York Times

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