Maux d’août … (suite et fin)

Alors que la contestation en Syrie dure depuis cinq mois, le régime du président syrien Bachar al Assad vient de recevoir un soutien non négligeable de la part d’un pays qui fut pendant des décennies la bête noire de Damas: son grand voisin, l’Irak. La démonstration de solidarité du premier ministre Nouri al Maliki illustre la complexité des relations entre les pays de cette région, et la formation d’alliances inédites au moment où les équilibres anciens sont en question.

Le rapprochement Syrie – Irak

Dans un entretien à la télévision, M. Maliki, a soupçonné les protestataires de vouloir « saboter » l’état syrien, et des membres de son gouvernement ont adopté la version officielle syrienne des évènements en accusant les extrémistes sunnites d’Al Qaïda, financés par les états du Golfe, de tenter de déstabiliser la Syrie.

Cette prise de position irakienne souligne combien Bagdad a pu prendre ses distances d’avec les Etats-Unis, à quelques mois de ce qui devrait être un retrait complet des troupes américaines du pays où elles sont intervenues en 2003. Washington a condamné à plusieurs reprises la répression de l’armée syrienne, et a pris des sanctions contre les puissants du régime. Et les diplomates américains ont tenté de mobiliser contre la Syrie des pays arabes, alliés des Etats-Unis, notamment l’Arabie Saoudite. 

L’intervention de Bagdad marque aussi l’alignement diplomatique avec Téhéran du régime irakien, dominé par des partis chiites qui furent pendant les années de la dictature de Saddam Hussein, les protégés de la République islamique d’Iran. Cet alignement ajoute un maillon à l’axe chiite Téhéran-Bagdad-Damas-Beyrouth, que les monarchies arabes sunnites, et les cercles du pouvoir aux Etats-Unis, considèrent comme le péril émergent le plus grave pour la paix dans la région.

Une entente Damas-Bagdad –si elle se confirme– représente une nouveauté, et son importance mérite d’être soulignée. Les relations entre les deux voisins ont été exécrables depuis la prise de pouvoir dans les deux pays dans les années 60 de deux branches concurrentes du parti Baath. Avec l’avènement au pouvoir en Syrie d’Hafez el-Assad et en Irak de Saddam Hussein, dans la décennie suivante, les tensions se sont renforcées. Elles ont tourné à l’hostilité lors de la guerre Irak-Iran, pendant laquelle la Syrie fut l’unique allié arabe de la République Islamique. Par la suite, le président Assad avait donné une caution arabe déterminante à l’opération internationale pour chasser l’armée de Bagdad du Koweit en 1991, une intervention qui avait marqué le début de la fin pour Saddam Hussein. Plus récemment, le commandement américain en Irak et des officiels irakiens avaient accusé la Syrie de ne pas contrôler sa frontière orientale et de faciliter l’infiltration en Irak de combattants islamistes qui ont fait  de l’ouest de l’Irak la région la plus dangeureuse pour les troupes d’occupation, pendant les années sanglantes de la guerre civile. 

Mais dès 2006 les deux grands frères ennemis arabes se sont engagés sur le chemin de la réconciliation, sous les auspices de Téhéran.  Et, aujourd’hui, le premier minisre Maliki –lui aussi, un habitué de la survie politique– a parié sur le maintien du président Assad. Sans doute, les deux hommes ont-ils tiré les vraies leçons de l’ébullition qui a agité le monde arabe depuis la fin de l’année dernière.  La première est que les dictateurs qui cèdent trop vite se retrouvent rapidement soit en prison, soit en exil. La deuxième est que la colère populaire est inefficace sans l’appui de l’armée pour chasser du pouvoir des chefs d’état autoritaires. Et aussi bien Assad que Maliki ont compris que les outils de communication modernes, comme Facebook et Twitter, souvent présentés dans la presse occidentale comme les moyens les plus sûrs pour se débarrasser des tyrans, sont moins dangeureux qu’il n’y parait. Une troisième leçon, mélange du fiasco des Etats-Unis en Irak et de la démonstration peu convaincante de l’OTAN en Libye, est que l’Occident a perdu son appétit pour les interventions musclées: ces aventures sont chères et débouchent sur des situations dont le contrôle échappe à leurs instigateurs .     

 Enfin, comme le montrent les évènements en Tunisie ou en Egypte, les révoltes arabes font émerger des forces politiques, longtemps contenues, d’inspiration religieuses. Pour des pays comme l’Irak et la Syrie, où des confessions et des communautés diverses sont en concurrence, cette dimension du jeu politique doit être contrôlée avec une grande habileté. Pour éviter la dislocation de ces deux entités nationales, nées de la décolonisation britannique et française de la région, et leur fragmentation en « émirats » indépendants, livrés aux violences tribales et ethniques. Face à ce risque, Damas et Bagdad font jeu commun et cette solidarité doit être prise en compte pour anticiper les prochains développement sur l’échiquier du Moyen-Orient.            

New York Times

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