Cyberguerre et Big Data, le cauchemar a commencé

Le président américain Barack Obama et son homologue chinois Xi Jinping doivent parler de cyberguerre lors de leur sommet cette semaine à Rancho Mirage, en Californie. Les Américains accusent les Chinois d’avoir mis sur pied l’unité 61398, qui opère dans un immeuble de Shanghaï, pour s’introduire dans les systèmes informatiques des entreprises et des institutions du secteur de la défense aux Etats-Unis. Cette unité et ses « hackers », auraient notamment dérobé des plans de systèmes d’armes trés sophistiqués. Le patron de la défense cybernétique américaine, le général Keith Alexander, a parlé du « plus grand vol de l’histoire ». Les Chinois se disent innocents et rétorquent que les Amércains sont, eux, très présents sur le front de la cyberguerre, et n’ont pas lésiné sur les moyens en envoyant en 2010, avec leurs alliés israéliens, un virus baptisé Stuxnet pour détruire des centaines de centrifugeuses du programme d’enrichissiment d’uranium iranien.

La cyberguerre a donc bien commencé, et plus personne n’est à l’abri.  Le 23 avril dernier, deux millions d’Américains ont reçu sur leurs téléphones mobiles ou leurs tablettes, un tweet d’une agence de presse annonçant : « deux explosions à la Maison Blanche, Barack Obama est blessé. »  Il était 13:07. Une minute plus tard, les indices boursiers se sont écroulés à New York; trois minutes aprés le premier message, un tweet d’un jounaliste de l’agence dément l’information; à 13:13, l’Associated Press publie un communiqué d’excuses et suspend la diffusion de ses tweets. La bourse, qui avait chuté de plus de 100 millions de dollars, est rassurée et récupère ses pertes. Cette opération de « hacking » est revendiquée plus tard par un groupe clandestin qui se fait appeler la « Syrian electronic army ». Dans les milieux spécialisés, le doute est grand sur les capacités du gouvernement syrien, aux prises avec une violente insurrection depuis plus de deux ans, de monter une opération de pénétration de cette nature.

La Toile est donc devenue un nouveau champ de bataille. Et malgré les allégations américaines contre les Chinois et les attaques ponctuelles contre des sites officiels américains, les Etats-Unis restent, dans ce domaine aussi, l’unique super-puissance. Depuis des années, le Pentagone et les agences de sécurité américaines ont créé des structure de contrôle de tout ce qui se passe sur Internet, depuis le DARPA, l’Agence sur les projets de recherche avancée pour la Défense, jusqu’au Haut Commandement cybernétique, le US Cyber command, mis sur pied en 2009. L’intérêt pour le potentiel illimité de la guerre dans l’espace virtuel implique d’autres opérateurs plus classiques, comme la National Security Agency, le FBI et la CIA. Le budget global de cette mobilisation est estimé à au moins dix milliards de dollars par an, et quelques 10.000 agents y travailleraient, y compris d’anciens « hackers » reconvertis au service de la sécurité nationale. Les entrerprises privées, du Maryland à la Californie, sont également mises à contribution et invitées à user de leur génie et de leurs finances pour protéger l’Amérique, et, s’il le faut, mettre au point les programmes les plus performants pour s’en prendre à ses ennemis.

Les précautions prises par les Etats-Unis, et que les Européens tentent de copier avec des moyens bien inférieurs, comportent un risque clair pour la démocratie. Tout comme la guerre contre le communisme a conduit le FBI à espionner des citoyens américains, et la guerre contre le terrorisme a justifié des incarcérations sans procès,  et des exécutions fondées sur de simples soupçons –la guerre des drones–, la cyberguerre justifie la tentation toujours plus grande de l’état de s’introduire dans la vie privée des citoyens.  Dans le contexte de ce nouveau conflit permanent, où tout le monde peut être soupçonné, la collusion, dénoncée récemment par Julian Assange dans le New York Times, entre les grandes entreprises américaines comme Google ou Facebook et le pouvoir américain est périlleuse.

Le président Obama se présente comme l’ami des « geeks », ces intellos du net qui ont fait la légende de la Silicon Valley. Mais il n’a rien d’un naïf, et sait quel profit politique et stratégique il peut tirer de ses rapports étroits avec Google, Apple, ou Facebook, « cette élite qui détient vos secrets », comme l’écrivait récemment l’éditorialiste Edward Luce dans le Financial Times. Tout en restant vigilant sur les risques de la cyberguerre,  il doit aussi écouter les mises en garde de ceux pour qui les « Big Data companies » mobilisées pour la gagner ressemblent de plus en plus à l’expression contemporaine du cauchemar orwellien.

 

 

 

 

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