L’impatience croissante des juifs américains

En 2006, un professeur britannique et auteur de renom, Tony Judt, installé à New York, avait vu son invitation à parler au consulat polonais de cette ville annulée à cause de ses positions jugées anti-israéliennes par des associations juives américaines. 

Dans une « opinion » publiée par le New York Times, Roger Cohen rappelle cet épisode. Il explique comment Judt, dont les parents avaient survécu à l’Holocauste, avait considéré dans un article controversé écrit en 2003 que la seule solution dorénavant envisageable pour la Palestine était un état binational. En somme, un seul pays dont les Israéliens et les Palestiniens partageraient la souveraineté. Pour l’immense majorité des Juifs en Israël et aux Etats-Unis cette hypothèse est tout à fait inadmissible puisqu’elle implique la disparition d’un état juif. Cohen rappelle qu’il est lui aussi contre cette option, mais il déplore encore que Judt, décédé l’année dernière, ait été empêché de parler en public à New York sous la pression d’organisations juives de la ville. Mais, nous explique encore Cohen, les choses ont changé et l’opinion de la communauté juive américaine, protagoniste central dans les rapports d’Israël avec la question palesinienne, est en train d’évoluer. Le cas d’un autre « Tony », Tony Kushner, illustre ce changement, qui pourrait être crucial. Kushner est lui aussi un auteur, que l’Université de New York voulait récompenser en lui remettant un diplôme honoraire. Cette distinction a été bloquée par un membre de la direction de l’Université, Jeffrey Wiesenfeld, qui considère Kushner comme un opposant à Israël. Mais l’affaire n’en est pas restée là, avec l’intervention d’un nouveau lobby juif aux Etats-Unis, « J street », qui depuis 2008 fait concurrence au lobby traditionnel, AIPAC. « J street », qui pense que l’on peut soutenir Israël sans accepter aveuglèment les choix politiques de ses gouvernements, a obtenu de la mairie de New York que l’Université ignore les réclamations de Wiesenfeld, et que Kushner obtienne son diplôme. Pour Cohen, cette décision augure d’un changement radical. Et d’une impatience nouvelle face à ce qu’il considère comme l’immobilisme de Benjamin Netanyahu, attendu ces jours-ci à Washington, sur le dossier palestinien. Le premier ministre israélien doit se préparer à un accueil moins chaleureux, notamment au Congrès, s’il n’arrive pas avec un engagment sérieux pour aboutir enfin à la création d’un état palestinien, vivant aux côtés d’Israël. Cette exigence de « la solution des deux Etats », poursuivie par l’administration de Barack Obama est devenue encore plus urgente depuis que le monde arabe est secoué par des révoltes qui réclament pour les citoyens de cette région du monde plus de liberté et de dignité. 

New York Times

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