Syrie, hypocrisie

Il y une grande hypocrisie à s’étonner, et déplorer, comme le fait le New York Times dans son édition du 24 mars que les donateurs individuels internationaux ne se montrent pas plus généreux face au drame syrien.
Le quotidien américain de référence choisit comme points de comparaison le tremblement de terre à Haïti en 2010, le cyclone Haiyan aux Philippines en 2013, ou le tsunami au Japon en 2011. Il regrette que la mobilisation financière en faveur des victimes de ces catastrophes naturelles ne se soit pas retrouvée face à la tragédie syrienne.
Pour le New York Time, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 20 millions de dollars, par exemple, levés par Mercy Corps, pour aider Haïti, 16 millions pour le cyclone philippin levés par World Vision, mais seulement 1,6 millions pour la Syrie.
Et le quotidien qui est censé faire et défaire l’opinion publique aux Etats-Unis, regrette l’indifférence de ces citoyens généreux qui, à travers le monde, mettent la main à la poche lorsque la cause leur parait bonne.
Mais le journal, comme nombre de ses confrères de la presse occidentale, semble oublier que le tragédie syrienne a bien peu à faire avec une catastrophe naturelle. Et que les coupables dans cette affaire ne sont pas les mouvements d’humeur de la Planète.
Les Etats-Unis et l’Europe, avec la Grande-Bretagne et la France en tête, ont encouragé la déstabilisation du régime de Bachar el Assad. Washington, Londres, Paris ont appelé à l’éviction forcée du président, considéré comme un tyran.
Ces capitales ont conseillé, encouragé, financé les différentes organisations qui se présentaient comme les légitimes représentants de l’opposition syrienne.
La Turquie, la Jordanie, le Qatar, l’Arabie saoudite, ont abrité, convoyé, armé, des milliers de combattants anti-Assad, dans l’espoir de se débarrasser rapidement d’un régime qui ne leur convenait pas.
Les Saoudiens et les Qataris notamment ont investi des milliards de dollars dans la mobilisation de groupes de combattants chargés d’éliminer le gouvernement syrien.
Le chaos créé en Syrie a provoqué la destruction du tissu social, la paralysie de l’économie, un flot incontrôlable de déplacés et de réfugiés, estimés à 2,6 millions, des destructions majeures de zones urbaines et d’infrastructures, et bien sûr des dizaines de milliers de morts et de blessés.
Les inquiétudes du New York Times sur le peu d’empressements des donateurs à venir réparer le mal que des gouvernements occidentaux et arabes ont encouragé arrivent un peu tard. Trois ans après une descente aux enfers d’un pays qui a joué depuis des siècles un rôle clef dans le monde arabe, notamment en faveur de la sécularisation de la vie politique.
Regretter la brutalité du régime, et la dénoncer, est une chose, se lancer dans une opération de démantèlement systématique d’un pays en est une autre.
Le Financial Times, qui lui aussi a encouragé le projet d’élimination du régime Assad a fait intervenir récemment un rebelle anonyme dans un reportage à partir de la région, publié le 19 mars,.
Ce combattant regrettait qu’en Syrie, « le +jihad+ a été excessivement romantisé au début de la révolution. Peut-être que les combattants étrangers sont déçus ». Seul un journaliste occidental peut croire, ou inventer, un commentaire d’une telle naïveté.
Les combattants étrangers qui constituent les troupes de choc de l’offensive anti-Assad ont de leur mission une vision bien lointaine du romantisme révolutionnaire. Abdullah al Muhasaini, un prêcheur saoudien qui mène la bataille dans le nord-est de la Syrie, fief de la communauté alaouite du président Assad, l’a expliqué sans fioriture dans un article du FT le 25 mars: « Nous allons prendre votre terre, vos maison, votre argent, et, avec l’aide de Dieu, nous allons instaurer un état qui respectera les lois divines et la volonté du Prophète ».

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